Science et affaires

LA SANTÉ

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Science et affaires

À quelques exceptions près, science et affaires ne font vraiment pas bon ménage. Ça, je l'ai réalisé dès mon entrée dans le monde de l'industrie médicale. Dès qu'on ajoute une composante 'profit' dans un projet de recherche ou dans le développement d'un produit, on ajoute un nombre infini de biais. Pour avoir été moi-même directement responsable de mon propre projet de recherche, à travailler en moyenne 9-10 hres par jour et ce, sous la supervision d'un directeur qui ne travaillait pas beaucoup moins (avec un salaire décent je ne le nie pas), je peux vous dire que dans le monde de l'industrie, contrairement au monde académique, L'INTÉGRITÉ est une qualité qui se fait très rare. Pas qu'il n'y ait pas eu de scandale dans le milieu académique (l'affaire Poisson et les résultats falsifiés de femmes atteintes de cancer du sein, par exemple) mais quand ça arrive, la motivation est souvent reliée à la réputation, au désir d'être le meilleur et pas nécéssairement (ou exclusivement) aux gros dollars.

Ceci étant dit, c'est quand même, selon moi, tout aussi pathétique. Comme je l'ai dit auparavant, j'ai été plusieurs fois ébranlée dans mes convictions profondes - résultats falsifiés ou en tout cas très, très bien tournés, patients recyclés, marketing aberrant, etc...

C'est pourquoi j'ai trouvé un bon milieu dans le monde du diagnostic, mais maintenant que la compagnie grossit, on peut voir apparaître de plus en plus de ces pratiques 'douteuses' et ce, surtout aux États-Unis (quelle surprise!!). Mais mon emploi et ma position me donnent une liberté qui me permet de contrôler ce que je dis à mes clients. Ce qui est désolant, c'est de voir qu'en 2009, même la recherche fondamentale est de plus en plus sous l'ombrelle des gouvernements. Le résultat est que l'on voit de plus en plus de mauvaises recherches, de résutats erronnés ou d'études bidons. Même les chercheurs doivent se prostituer. Ceux qui restent intègres meurent de faim. Il faut dire que les gouvernements sont aussi ceux qui décident où ira l'argent, alors c'est le cancer, le SIDA, les maladies cardiaques, le diabète; plus le marché potentiel est grand, plus c'est attrayant...

En attendant, on produit de plus en plus d'étudiants de recherche médiocres qui ne savent pas penser, qui font des études supérieures parce que c'est la tendance, qui n'ont aucune rigueur, et encore moins d'intégrité scientifique. Ces gens se retrouvent ensuite dans l'industrie à courir les gros dollars. D'un autre côté, on blâme les pharmaceutiques de faire des millions de dollars et ce, parce qu'ils dépensent d'autres millions à leurs campagnes de marketing qui aideront à la vente de leurs pilules de toutes sortes. Mais il faut garder en tête que le développement d'un produit ça prend du temps, beaucoup de temps, et donc de l'argent, encore plus d'argent! Oui des médicaments il y en a des bons, des efficaces, des essentiels. Oui des chercheurs il y en des bons, des efficaces, des essentiels. Oui des compagnies il y en a des bonnes qui font de bons produits basés sur de la bonne recherche. Mais tout ce bon monde est parfois dilué dans une mer de petites crapules, qui le plus souvent, se retrouvent dirigeants. Beaucoup d'argent passe au profit de mauvais produits et malheureusement, au détriment des bons produits.

Ceci étant dit, pourquoi attendre d'avoir des problèmes de santé comme l'obésité, le cholestérol, l'angine, la pression ou le cancer (de plus en plus d'études démontrent que certains moyens aident à prévenir certains cancers et quand on pense à la division cellulaire et à la sélection naturelle, c'est très logique), avant d'adopter de bonnes et saines habitudes de vie? Peut-être bien parce que ces compagnies nous font croire qu'avec LA pilule qu'ils vendent, on peut continuer à surexploiter notre corps (comme on surexploite notre planète!) et au moment venu, une petite pilule orange, bleue, rose, sera LA solution à tous nos maux.

Ou encore est-ce la pensée magique, du genre 'ÇA ARRIVE SEULEMENT AUX AUTRES'? Mais que voulez-vous, LA PRÉVENTION apparemment ce n'est pas assez profitable. Que feraient nos pauvres médecins si tout le monde était en santé? Que feraient ces pauvres compagnies pharmaceutiques si tout le monde était en santé? Et les gouvernements dans tout ça? Les maladies chroniques (ou syndromes) sont ce qui coûte le plus cher mais ce qui rapporte le plus également, alors pourquoi s'en priver?





- Mel (5 mai 2009)