LE PLAISIR |
![]() |
ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION
À la fin de l'envoi, je touche !
Grand chef d'œuvre de la dramaturgie, Cyrano de Bergerac est au monde des lettres ce que la neuvième symphonie de Beethoven est à la musique. Précisons tout de suite qu'Edmond Rostand s'est inspiré d'un personnage réel, répondant au nom de Cyrano, contemporain de Molière et auteur dramatique.
Le vrai Cyrano étant connu pour ses pamphlets incendiaires et ses propos peu élogieux envers la noblesse, il paraît plausible qu'on ait voulu l'assassiner. Mais là s'arrêtent les comparaisons, nous devons tout le reste à l'imagination de Rostand. N'est pas Cyrano qui veutIls sont nombreux à vouloir se reconnaître dans ce Cyrano
Par ailleurs, Trudeau a toujours confondu l'arrogance avec la belle impertinence de Cyrano.
J'ai trouvé chez Brel une œuvre et une vie que Cyrano aurait pu revendiquer. Les points communs entre les deux sont si flagrants qu'il est permis de croire que Brel a été très marqué par Cyrano. Allergique aux compromis, fustigeant les bourgeois, Brel a également abondamment chanté sa souffrance devant le rejet dont il était l'objet par les femmes qui étaient peu attirées par son physique singulier. "car lorsqu'on les attaque (les moulins), il arrive souvent qu'un moulinet de leurs grands bras chargés de toiles vous lancent dans la boue" Cyrano: "ou bien dans les étoiles" C'est mon père qui, le premier, m'a présenté Cyrano. Il l'aurait, paraît-il, interprété alors qu'il était au Collège. Je ne l'ai par contre jamais entendu cité que deux vers, toujours les mêmes.
J'avoue tout de même qu'il possède plusieurs des qualités et des défauts du personnage. Il en a d'abord les attributs physiques.
Il possède également son sens de la démesure qui l'a toujours gardé à l'abri de la richesse. "Comment le sac d'écus ?" (jetté sur la scène par Cyrano) Cyrano: "Pension paternelle, en un jour tu vécus" Le Bret: "Pour vivre tout un mois alors ?" Cyrano: "Rien ne me reste" Le Bret: "Jetter ce sac quelle sottise !" Cyrano: "Mais quel geste !" Que dire aussi de cet art de la vantardise complètement assumée.
Sans oublier son légendaire côté prompt et colérique qui lui fait mal supporter la contradiction.
Enfin, mon père aurait pu faire sienne cette tirade célèbre du non merci:
Sartre et sa bonneMais au-delà du personnage lui-même, de quoi Rostand nous parle-t-il dans cette pièce qui, selon la formule d'un critique Français, peut être appréciée autant par un grand intellectuel comme Sartre que par sa bonne.
Se servant de Christian, ce jeune et beau Baron qui ne sait pas parler aux femmes, il fait la conquête de sa cousine Roxanne qui toute sa vie croira que cette lettre d'adieu écrite avant d'aller mourir au front était de Christian. Ce n'est qu'à son dernier jour que Cyrano lui révèlera "Pourquoi vous être tu pendant quatorze années puisque sur cette lettre...ces pleurs étaient de vous" Cyrano: "Ce sang était le sien" C'est ainsi qu'apprenant que Molière lui avait volé toute une scène dans les fourberies de Scapin, Cyrano “approuve au seuil de (son) tombeau”:
EnvoiUne réflexion me vient en revisitant cette œuvre. Comment peut-on entendre Cyrano disserter sur l'amour, la liberté, le rêve, ou la Lune, et rester insensible à cette langue à la fois si riche et si belle, en se résignant à ne la parler et l'écrire qu'approximativement. Bien sûr nous sommes des Nord-Américains, noyés dans une mer anglo-saxonne, à l'âge du web et des e-mails; à quoi bon.
- Ben (11 novembre 2009) |