La fin du monde

LA NATURE

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

La fin du Monde

Le sujet semble être dans l'air du temps. Sans doute le calendrier Maya a-t-il quelque chose à y voir. Il s'arrête au 21 décembre 2012. Il n'en fallait pas plus pour que les plus superstitieux d'entre nous y voient un signe de la fin des temps. Hollywood, en mal de films catastrophes depuis le 11 septembre, a vite récupéré la chose et s'apprête à sortir une méga-production inspirée du fameux calendrier.

J'entendais l'autre jour, le dramaturge René-Daniel Dubois nous livrer ses réflexions sur la place qu'occuperait dans l'inconscient collectif, la fin du monde appréhendée et parfois souhaitée par de plus en plus de gens.

Pour ma part, je me demande jusqu'à quel point cette idée d'une fin du monde imminente est répandue et quel impact cela peut-il avoir sur nos choix et nos comportements? Et d'abord, de quelle fin du monde parle-t-on exactement? Il ne s'agît pas ici quant à moi de la fin des temps au sens biblique. L'univers est intemporel et sous sa forme actuelle, âgé de seulement 15 milliards d'années. La Terre était là bien avant nous et continuera de tourner autour du Soleil pendant encore quelques milliards d'années. Non, nous parlons ici de la fin de notre civilisation sur une planète devenue incapable de soutenir notre mode de vie, dévastée par notre surexploitation et dont les bouleversements climatiques nous forceront à nous placer nous-même sur la liste des espèces menacées. Un monde enfin où toutes les traces du passé s'effaceront progressivement et où la notion même d'avenir n'aura plus de sens.

Le 20ième siècle

Je suis né vers le milieu de ce que l'on a longtemps appelé le siècle du progrès. Un siècle qui a vu deux guerres mondiales, une pandémie qui a fait 50 millions de morts, une dépression économique qui a duré près de vingt ans et une guerre froide interminable qui a fait plané la menace d'un holocauste nucléaire sur le monde. Malgré tout, une espèce de vent d'optimisme semble avoir traversé cette période trouble. Peut-être que les progrès techniques sans précédents dans l'histoire y sont pour quelque chose. L'automobile, l'électricité, l'avion, le téléphone, la radio, le cinéma, la télévision, jamais l'humanité n'a vu sa vie changer autant dans un si court laps de temps. Le monde est passé, en quelques dizaines d'années, d'un mode de vie presque inchangé depuis la nuit des temps, au confort du monde moderne.

Les années 60 constituent sans doute la période charnière de ce siècle spectaculaire. En plus des grands mouvements sociaux qui l'ont marquée, cette période a vu s'écrouler deux grandes barrières: celle de la transmission de la vie qui, de tous temps, a marqué les rapports humains et qui désormais pouvait se contrôler avec une simple pilule. L'homme fit également un grand pas, jusqu'à la Lune, et pu enfin constater de ses yeux, sa petitesse et sa fragilité au milieu d'un espace infini et hostile.

La science omnipotente

Je me rappelle avoir grandi avec cette idée, véhiculée par tous à l'époque, que quel que soit le problème, la science et la technologie en viendrait à bout. À tous les maux, on finirait par trouver une pilule. On se voyait en l'an 2000, jeunes retraités, partant se balader le dimanche avec notre voiture volante. Pour sûr que nous irions passer nos vacances dans l'espace, et pourquoi pas sur Mars. Le cancer ne serait que de l'histoire ancienne et peut-être même aurions-nous trouver un remède contre le vieillissement. La science avait réponse à tout. Sa puissance destructrice par la fission de l'atome n'avait d'égal que son potentiel de régler tous les problèmes facilement et sans douleur.

Or nous voici bien engagés dans le 21ième siècle, et pourtant le seul progrès vraiment remarquable dont nous avons pu profiter n'a été que virtuel. Les voitures roulent toujours, propulsées par le même pétrole. Les cancers sont en hausse, la population est de plus en plus vieille, la retraite de moins en moins accessible, et pour les vacances dans l'espace, il faut compter $35 millions par personne, cause humanitaire non incluse.

Par ailleurs, si le développement spectaculaire de l'internet peut nous permettre de rêver à un monde inter-connecté où la connaissance et la prise de parole sont vraiment démocratisées, il permet en même temps de constater toute l'étendue de la détresse et de la déchéance humaines. Avec twitter, le vide de nos existences peut maintenant circuler à la vitesse de la lumière.

Le début ou la fin ?

Certains prétendent que les événements du 11 septembre 2001 marquent la fin du siècle le plus violent de l'histoire de l'humanité. Je crois pour ma part, comme d'autres, que c'est la façon qu'a trouvé le destin de nous dire bienvenue au 21ième siècle. Il ne serait d'ailleurs pas surprenant que la répétition ad nauseam des images nous montrant ces deux tours, symboles suprêmes de notre société moderne, s'écrouler sous nos yeux, ait contribuer à imprégner l'inconscient collectif d'un sentiment de fin du monde. D'autant plus que cette catastrophe a été rapidement suivie d'autres de nature différente mais tout aussi spectaculaires. On a d'abord assisté à la disparition de la Nouvelle-Orléans. Ville mythique, engloutie sous les eaux telle l'Atlantide. Cette fois, on ne pouvait pas blâmer les terroristes. Il s'agît de la nature qui se déchaîne, sans doute devant notre manque de respect à son endroit. Puis, plus récemment, les temples à finance, réputés plus solides que le rock, se sont écroulé, cette fois virtuellement, mais les effets ont été bien réels.

L'immensité de la tâche qui nous attend peut donner envie à bien des gens de baisser les bras. Les glaciers disparaissent à vue d'œil. L'océan Arctique devient navigable plusieurs mois par année; du jamais vu. Pour renverser le phénomène de réchauffement, les 10 milliards d'habitants que nous serons bientôt devront retourner au niveau d'émission de gaz à effet de serre que l'on retrouvait à l'âge de pierre. Cette fois, pas de remède miracle à l'horizon. On ne fait même plus confiance à la science pour enrayer une simple grippe (fusse-t-elle porcine). La fin du monde ? La fin de ce monde en tous cas. Ça semble être une évidence.

À moins que...

Ce n'est pas par hasard si le monde des Facebooks et autres réseaux internet obtient un tel succès. Ce repli vers un monde virtuel n'est qu'une des manifestations de cette capitulation devant l'inéluctable. La montée du religieux dans notre société laïque est un autre signe. On peut mettre sur pied toutes les commissions qu'on voudra, l'accommodement des immigrants islamiques n'est pas le seul responsable de cet intérêt nouveau pour les questions religieuses. La moindre déclaration du Pape fait maintenant les manchettes. On ne cherche pas bien sûr à retourner aux églises ou à réintégrer le culte Chrétien; tout cela reste beaucoup trop contraignant pour nos âmes de consommateurs compulsifs. Mais on cherche Dieu, de toute évidence. Ou en tout cas, le Messie. Comment expliquer autrement que tant de gens de bon sens et habituellement pragmatiques aient cru et croient toujours que Obama règlera nos problèmes. Un Messie charpentier de Galilée c'est une chose, mais politicien de Chicago ? Les voies de Dieux seraient vraiment impénétrables.

Après moi le déluge

Il apparait peu probable que le monde s'arrête à la date exacte prévue par les Mayas. Mais peut-être se seront-ils trompés seulement de peu. Il se pourrait bien que d'ici quelques décennies à peine, on soit en mesure de prédire avec grande exactitude la fin prochaine de notre monde. Je dois avouer que cela règlerait le problème très narcissique que j'ai à imaginer le monde sans moi. Le monde continuerait d'exister et je ne serais pas là pour en profiter? Je le trouve déjà parfaitement inutile même lorsqu'il tourne autour de moi, alors c'est vous dire...

- Ben (13 novembre 2009)