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Dans La machine à explorer le temps, H.G. Wells nous décrit un monde futur où deux cultures coexistent. Il y a d'abord les Élois qui vivent en harmonie entre eux et avec la nature. La haine, la violence et la maladie sont totalement absents de leur monde.
Puis, dans les profondeurs de la Terre vivent les Morlocks. Ils sont hideux, brutaux et ne sortent que la nuit pour tenter d'attraper et de tuer les Élois.
Cette allégorie est à la fois intemporelle et universelle. De tous temps et en tous lieux, l'humanité se départage, dans des proportions variables, entre les gentils et les méchants. Les premiers sont généralement pacifiques, tolérants et progressistes. À l'inverse, les seconds sont xénophobes, belliqueux et réactionnaires. Entre les deux cependant, il y a ceux qu'on appelle la majorité silencieuse. Ils sont absents du monde de Wells, mais ici, ils sont à cheval entre les deux cultures et peuvent, au gré des tendances et de l'air du temps, basculer de l'une à l'autre.
Aux États-Unis, pendant que les Élois croient avoir trouvé leur nouveau Messie sous les traits de Barack Obama, les Morlocks se cherchent un chef pour faire oublier le départ de W. Bush. Comme la politique a horreur du vide, les Rush Limbaugh et Newt Gingrich de ce monde (pendant américain de nos Jeff Fillion et André Arthur) prennent toute la place et deviennent les nouveaux leaders spirituels, de facto, du parti des Morlocks.
Ceux qui croyaient avoir touché le fond avec George W. et Dick Cheney doivent déchanter. Avec ce qui reste de Morlocks dans ce parti Républicain moribond, George W. ferait figure de voix progressiste. Ils sont déchainés. Fini Ben Laden, pour eux le nouvel ennemi numéro un des États-Unis s'appelle Barack Hussein Obama. Il est noir, cultivé, peu religieux (ou pire encore, musulman) et il est né à Hawaï, ce qui, dans l'esprit d'un Morlock du midwest revient à dire qu'il est un étranger. Il est surtout en marche, du moins le prétend-il, pour réformer l'Amérique de Reagan et de Bush et mettre en place un régime qui, partout dans le monde, serait considéré de centre-droite, mais qui pour les Morlocks, équivaut à du socialisme.
Si on écoute les commentateurs américains, on peut se sentir rassuré à l'idée que ces énergumènes ne forment que 20% de la population et sont en train de détruire le peu qui reste du parti Républicain en le radicalisant davantage. Les plus optimistes parlent même d'un futur recentrage auquel les républicains devront inévitablement se soumettre pour espérer reprendre le pouvoir un jour. Je n'en suis pas si sûr.
D'abord, 20% de gens furieusement engagés dans une cause, cela représente une force importante en politique, spécialement lorsqu'on garde à sa disposition, un parti bien ancré dans la tradition d'une nation et qui représente la seule alternative au pouvoir en place. Peut-être faudra-t-il vingt ans au parti Républicain pour se rallier à nouveau la majorité silencieuse et reprendre la maison blanche ainsi que le congrès, mais la loi de l'alternance finira un jour par les récompenser de leur attente, et les Morlocks sont patients. Ils attendent le retour du Christ parmi eux depuis bien plus longtemps. Ainsi, ils préfèrent se réfugier dans leurs sous-terrains idéologiques plutôt que de consentir au moindre petit virage vers le centre où l'électorat se trouve pour l'instant.
Le prix à payer pour s'offrir un leader du monde libre capable de nuances et de subtilité, est de se retrouver dans quelques années avec le président Sarah Palin, ou l'équivalent. J'espère que M. Obama, entre temps, nous en aura au moins donné un peu pour notre argent, et que des belles paroles dont il nous a abreuvés depuis des mois, il passera aux actes, avant que les Morlocks remontent à la surface et lui règle son compte.
- Ben (19 juillet 2009)
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