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J'ai tenté d'éviter la question. Depuis quelques jours, j'ai systématiquement détourné les yeux chaque fois qu'un reportage ou qu'un article abordait la tragédie haïtienne.
Car c'est bien de cela dont il s'agît; une tragédie haïtienne. Haïti est l'un des États les plus pauvres au monde. D'un point de vue géopolitique, ce pays n'a aucun intérêt. Haïti ne produit rien qui ait de la valeur, elle ne possède pas d'armes de destruction massive et aucun terroriste n'est encore sorti d'Haïti pour faire sauter un avion. Bref, rien de ce qui peut se produire en Haïti n'aura d'impact sur notre destin collectif.
Pourtant, depuis près de deux semaines, les média tapissent leurs ondes et leurs pages mur à mur avec Haïti. Il faut s'armer de patience pour trouver une nouvelle ou une analyse qui ne soit pas en lien avec ce drame. Par ailleurs, si on a parfois droit à une couverture sobre et respectueuse, c'est malheureusement l'information spectacle qui prend le dessus. Que ce soit Céline Galipeau qui nous livre le Téléjournal sur place, au milieu des décombres, ou Anderson Cooper qui tend son micro à une jeune femme coincée sous un édifice en ruine, la motivation des entreprises de presse n'a rien à voir avec le droit du public à l'information.
Il faut bien l'avouer, les média sont d'abord là pour nourrir la bête; et je parle ici du capitalisme, de la société de surconsommation qui en veut toujours plus. Bilan provisoire, 150,000 morts; mais soyons patients, on devrait pouvoir se rendre à 200,000; revenez-nous après la pause publicitaire.
Ainsi, non satisfaits de vivre dans cette partie du monde qui compte 20% de la polulation et consomme 80% des ressources, nous mettons en scène la misère des autres, aux nouvelles de 6h00, pendant le repas. Les uns versent quelques larmes de crocodile et croient qu'il s'agît d'empathie. Les autres envoient quelques dollars, un peu gênés de pouvoir assister à tout ce spectacle gratuitement. La majorité se contente de redemander du dessert.
La question haïtienne, ou bien on se sent peu concerné, auquel cas on pourrait au moins cesser de faire semblant, ou bien on veut vraiment changer les choses. Cessons de les accueillir un à la fois. Pourquoi pas une 11ième province canadienne avec système de santé universel, éducation gratuite, sans oublier la péréquation. J'exagère dites-vous? Mais vous aussi messieurs (mesdames) les journalistes !
- Ben (24 janvier 2010)
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