Avec les compliments d'Alfred

LE MONDE

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Avec les compliments d'Alfred


Un peu d'histoire

C'est, parait-il, en lisant sa propre nécrologie peu élogieuse dans la presse française qui annonçait sa mort par erreur, qu'Alfred Nobel, marchand d'armes de son état et inventeur de la dynamite, décida de créer par testament, un fonds servant à récompenser ceux qui contribueraient à l'avancement de la science et de la paix.

À l'époque, la Suède et la Norvège appartenaient à la même couronne et lorsque la Norvège se dissocia de la Suède quelques années plus tard, elle conserva l'attribution du prix Nobel de la paix. C'est donc bien à Oslo et non à Stockholm que Barack Obama, nouveau récipiendaire pour l'année 2009, ira chercher son prix.


Préparer la guerre

Le Nobel de la paix est à l'ensemble des prix Nobel ce que le patinage artistique est aux Jeux Olympiques; il est le plus populaire et le plus controversé, à la merci d'un verdict dissident par le juge Tchécoslovaque. Évidemment, le comité Nobel ne compte pas de juge Tchécoslovaque parmi ses membres mais pire encore: des politiciens. Songeons que dans les années 30, on est passé à deux doigts de décerner le prix à Adolf Hitler.

Contrairement aux disciplines plus empiriques et techniques que sont la chimie, la physique, la biologie et la médecine, chacun peut se faire sa propre idée sur les mérites du lauréat qui a contribué à la paix dans le monde. L'attribution du Nobel de la paix à Théodore Roosevelt ou plus tard, à Henry Kissinger, deux militaristes notoires, contribua à alimenter la perception populaire que ce prix était davantage politique qu'humaniste.

À moins qu'on ne souscrive à la thèse qui veut que la meilleure façon de préserver la paix est de préparer la guerre. Auquel cas il aurait fallu attribuer le prix à Ronald Reagan plutôt qu'à Jimmy Carter et à Joseph Staline plutôt qu'à Mikhail Gorbatchev.

Obama embarrassé

À la date butoir des mises en candidature pour les prix Nobel, Obama était en poste depuis seulement 12 jours. Cela n'a pas empêché les membres du comité de déterminer qu'il avait contribué de façon exceptionnelle à améliorer les relations diplomatiques mondiales. Ce qu'on semble oublier, c'est que la diplomatie américaine, qu'elle soit menée par Bush ou Obama, n'a pour seul but que de protéger les intérêts américains dans le monde. Donner le Nobel de la paix à Obama pour sa politique étrangère équivaut à lui donner le Nobel de médecine pour son projet de réforme du système de santé.

Par ailleurs, Barack Obama, qui affirme accepter ce prix avec humilité, réalise-t-il que le club auquel il appartient en temps que 44ième Président de la nation la plus puissante du monde et élu par 50 millions de personnes, est beaucoup plus prestigieux que le club des nobelisés qui compte plus de 800 lauréats choisis par une poignée de juges. Par ce choix, les membres du comité norvégien cherchent bien davantage à rehausser le prestige de leur prix que celui du récipiendaire.

Groucho Marx avait raison

On se retrouve ainsi en présence d'un homme qui un jour, accepte un prix faisant de lui un porte étendard de la paix dans le monde et le lendemain, promet de faciliter l'intégration des homosexuels dans...l'armée. S'il est louable de promouvoir les droits des gais, leur droit de tuer des Afghans ne devrait peut-être pas se retrouver en tête de liste lorsque notre but est de faire avancer la paix.

Voilà donc une nouvelle occasion de constater que Barack Obama ne s'embarrasse pas des principes lorsque son capital politique à court terme est en cause. Il aurait mieux valu qu'il fasse sienne cette maxime de Groucho Marx et qu'il refuse d'appartenir à un club qui accepte quelqu'un comme lui parmi ses membres.

- Ben (14 octobre 2009)