Dieu qui ?

LE CULTE

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Dieu qui ?

L'astrophysicien et mathématicien Pierre-Simon Laplace était à la Malmaison pour présenter son modèle mathématique expliquant le mouvement des planètes à Napoléon Bonaparte, quand ce dernier lui demanda: "Et Dieu dans tout ça ?" Le Marquis de Laplace lui répondit: "Dieu est une hypothèse dont je n'ai pas eu besoin."

Pendant 20,000 ans, soit depuis les débuts de la civilisation, et jusqu'à relativement récemment, l'humain a eu besoin du divin pour expliquer le monde. Toutes les religions étaient polythéistes et chaque Dieu avait sa fonction, son domaine d'expertise si je puis dire. Puis, l'espèce humaine s'est multiplié. De petits groupes ou de tribus nomades, nous sommes passés à la sédentarisation, avec des villages qui sont devenus des cités puis des nations. Avec le nombre apparaît aussi la rareté qui elle-même engendre l'ingéniosité. Avec le développement de l'esprit scientifique, on commença à trouver des explications rationnelles à divers phénomènes naturels. On abandonna donc progressivement tous ces Dieux devenus inutiles pour n'en conserver qu'un seul. Aujourd'hui encore, c'est le Dieu d'Abraham que vénèrent tous les Juifs, Chrétiens et Musulmans de ce monde. Même si notre vieux réflexe polythéiste persiste ( je ne donnerai pour exemple que tous ces anges, archanges et autres Saints-patrons auxquels plusieurs Chrétiens continuent de faire appel ), Dieu sert essentiellement à nous fournir un code de conduite pour assurer une harmonie relative dans un monde pluraliste et complexe.

D'aucuns diront qu'il sert également à justifier un phénomène que la science n'a pas réussi à démystifier entièrement: la mort. Je parle ici de la mort en tant que phénomène métaphysique et donc par extension, du sens de l'existence. J'ai certains doutes à ce sujet. Notre explication scientifique de l'univers nous amène jusqu'à la première micro-seconde, il y a environ 15 milliards d'années. Jusqu'à ce point, Dieu est une hypothèse dont on peut se passer. Au-delà de ça, toutes les explications se valent. Celles qui impliquent la présence d'un créateur, d'un Être suprême, nous ramènent à notre vieux fond d'animistes d'il y a 20,000 ans. L'intervention de Dieu pour justifier notre existence, en plus d'être improbable, est totalement inutile. À la limite, Dieu justifie peut-être l'existence, mais qu'est-ce qui justifie Dieu ? On ne fait que déplacer le problème. Tout ce que l'on peut dire sur l'existence c'est qu'elle existe; sous forme divine ou non, avant le big bang ou non, tout cela n'est qu'accessoire.

Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? La question est absurde, et le vocabulaire imprécis. Ce 'rien' c'est déjà quelque chose. Le néant fait partie de l'être comme le silence est partie intégrante du son et la noirceur le support de la lumière. L'être existe, indépendamment de l'espace et du temps, et nous sommes les seuls à se questionner là-dessus. D'une certaine façon, mon chien est plus sage que moi.

Non, décidément, l'existence n'a pas de sens et on a qu'à constater la terreur dans les yeux du fervent Chrétien qui se sait mourant pour conclure que, comme le disait Sartre, on croit croire en des choses auxquelles on a jamais cru.

Chez l'homme libre, l'homme qui pense, Dieu n'est qu'une hypothèse, une curiosité, une vue de l'esprit qui sert à jouer avec des concepts métaphysiques que l'esprit humain a du mal à saisir. Pour les autres, Dieu est un outil de régulation des relations humaines. Les plus forts s'en servent pour contrôler les masses et s'approprier les ressources. Plus la rareté est grande, plus Dieu est présent et influent. Ce Dieu qui dans l'histoire est tantôt vengeur, inquisiteur et sectaire, tantôt bon, pacifique et inclusif. Le même Dieu qui pardonne-à-tous-ceux-qui-l'ont-offensé, détruit presque toute l'humanité sous un déluge de 40 jours. Dieu a l'humeur changeante. Tout dépend de l'intérêt des puissants.

- Ben (20 juillet 2009)