Un cadeau de Grec

LE COMMERCE

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Un cadeau de Grec

À droite toute !

Voilà que la Grande-Bretagne succombe elle aussi à ce qui semble de plus en plus être une tendance lourde vers la droite dans les grandes démocratie. Elle rejoint ainsi la France de Sarkozy, l'Allemagne d'Angela Merkel et l'Italie de Berlusconi.
Le Canada est bien sûr dans cette mouvance avec Harper qui, bien que minoritaire, se maintient au pouvoir depuis quelques années déjà. Même le Québec avec sa soi-disant social-démocratie, flirte avec le conservatisme. Preuve en est, le dernier budget Bachand.
Évidemment, une exception notable à cette tendance vers la droite: les États-Unis. Mais qu'il soit permis de noter que Barrack Obama, dans n'importe quelle autre démocratie, serait considéré comme un conservateur. N'oublions pas également que son élection s'est faite dans la foulée d'une crise financière sans précédent et suite à huit années catastrophiques d'un Gouvernement Républicain. Par ailleurs, l'opposition menée par le Tea Party Movement se radicalise à des niveaux jamais vus depuis le MacCarthisme des années 50. L'avenir n'augure rien de bon de ce côté.


Il est tout de même étrange que dans un contexte de récession mondiale, causée en grande partie par l'appétit sans fond des grands financiers qui font se creuser chaque jour un peu plus, l'écart entre les riches et les pauvres, la tendance de l'électorat soit de plus en plus à droite. Une droite qui met pourtant de l'avant des politiques sociales et économiques favorisant ces mêmes financiers.
Les conservateurs nous servent constamment leurs arguments fallacieux comme celui qui consiste à dire que des baisses d'impôts chez les plus riches favorisent l'investissement et donc l'enrichissement collectif, ou cet autre grand dictat de l'utilisateur payeur qui veut nous faire croire que les riches paient davantage parce qu'ils consomment davantage, en omettant de préciser que si cela est vrai en terme absolu, cette forme de taxation demeure largement inéquitable pour les classes moyennes et pauvres qui paient une portion de leur revenu beaucoup plus importante en tarifs et taxes de toutes sortes, par rapport aux riches.
En fait, toute la question est là: la droite arrive à convaincre de plus en plus de gens à voter, sans le savoir, contre leurs propres intérêts, parce qu'elle offre des solutions simples, et même simplistes, à des problèmes de plus en plus complexes. Pendant ce temps, la gauche se divise et se déchire, en cherchant de véritables solutions, complexes et nuancées, dans un monde qui vit des transformations aussi rapides que spectaculaires.
Il y a ainsi parmi nous, un nombre grandissant de gens qui, et cela témoigne de la faillite de l'éducation, sont effrayés par le changement et qui prêtent une oreille bienveillante à quiconque leur offrira du pain et des jeux.

Abraham Lincoln a déjà dit:


"On peut parfois tous nous berner, il y a même des gens qu'on arrive toujours à berner, mais on ne peut pas toujours tous nous berner."



La question est de savoir ce qu'il faudra, après la débâcle historique du secteur financier qui a failli tous nous mener vers une grande dépression, pour qu'une majorité d'entre nous comprenne qu'on ne demande pas à ceux qui profitent le plus du système, de changer le système.

Le problème Grec

La situation en Grèce est symptomatique de ce qui est en train de se passer un peu partout. Les banques grecques, comme partout ailleurs, sont tombées dans le panneau des produits dérivés. Là comme ailleurs, le Gouvernement a dû intervenir pour sauver la mise. Ceci a contribué à révéler l'état désastreux des finances du pays. Depuis des années, les Grecs doivent compétitionner avec des pays comme l'Allemagne mais n'y arrivent pas, pour toutes sortes de raisons historiques; d'autant plus qu'ils utilisent maintenant la même monnaie. Ainsi, les Gouvernements successifs, afin de maintenir les acquis du peuple Grec et surtout se maintenir eux-même au pouvoir, ont endetté la Grèce à un niveau intolérable, camouflant même certaines créances par des pratiques comptables douteuses.
Le chat sorti du sac, la Grèce se retrouve maintenant en faillite technique, ne pouvant rencontrer ses obligations face à ses grands débiteurs, c'est-à-dire les détenteurs d'obligations. Ses partenaires européens se voient donc forcés d'intervenir pour soutenir l'euro, avec une aide directe de plusieurs milliards et des garanties de prêts atteignant jusqu'à 1000 milliards d'euros.
Évidemment, en contrepartie de cette aide, on demande à la population grecque et particulièrement à la fonction publique, déjà sous le coup d'une sévère récession, de consentir à des mesures de restrictions sans précédent.


Fait à remarquer: il n'est aucunement question de demander aux créanciers de la Grèce d'accepter quelque compromis que ce soit. Ils devront non seulement être remboursés jusqu'au dernier sous, mais à des taux d'intérêts majorés en raison du risque plus élevé. Et qui sont par hasard les plus gros détenteurs d'obligations grecques ? Les grandes Banques, bien entendu, avec au premier chef, les fameux Goldman Sachs.

Le cheval de Troie

Dans tout le jargon des économistes et autres spécialistes, il faut comprendre une chose: l'Occident est placé face à deux grands problèmes qui sont le vieillissement de sa population et le transfert de production massif vers des pays du tiers-monde comme la Chine et l'Inde.
Le résultat net est une perte considérable de richesse à l'Ouest et une accumulation sans précédent de devises à l'Est. Ces devises sont en partie réinvesties dans les économies locales ou étrangères mais retournées en majeure partie vers l'Ouest sous forme de prêts pour combler le manque à gagner des États et des individus. Toute cette circulation d'argent est gérée par les grands groupes financiers de Wall Street qui s'amusent avec tout cela comme avec de l'argent de Monopoly. Quand l'élastique devient trop tendu, c'est la crise.
Sauf que cette crise atteint, en Grèce, des proportions insoupçonnées, et même si elle n'est qu'un pays relativement petit, la Grèce appartient à un grand ensemble. Déjà on prétend que le trillion d'euros garantit par l'union européenne ne suffira pas à stabiliser la situation. L'Espagne menace à son tour d'éclater, ainsi que le Portugal et l'Irlande. L'Italie est dans une situation très précaire, et combien d'autres viendront s'ajouter à la liste.
Et si le problème grec, par un enchaînement d'événements, devenait l'élément déclencheur d'une prise de conscience mondiale en faveur du renversement d'un système qui, comme le communisme du siècle dernier, ne remplit plus ses promesses. Il faudra bien y arriver un jour, sans quoi la frustration combinée des enfants gâtés de l'Ouest, privés de leur "American dream" et des nouveaux capitalistes de l'Est qui commencent à peine à goûter aux joies de la surconsommation, pourrait donner lieu à des révoltes et peut-être à des guerres dont on peut deviner l'ampleur.
Pour ma part, je préfère que la révolte se canalise vers les Goldman Sachs de ce monde, et peut-être les Grecs viennent-ils de laisser un cheval aux portes de Wall Street.
L'histoire est bien connue; les Grecs n'arrivant pas à franchir les murailles de la citée de Troie, ont feint de quitter en laissant sur place un gigantesque cheval de bois. Intrigués, les Troyens ont transporté le cheval à l'intérieur de la ville. À la faveur de la nuit, les soldats cachés à l'intérieur du cheval ont ouvert les portes de la ville, laissant ainsi entrer l'armée grecque qui fût victorieuse. C'est depuis ce jour qu'on dit qu'il faut se méfier lorsqu'un Grec nous fait un cadeau.

- Ben (17 mai 2010)