Les Barons de la Finance

LE COMMERCE

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Les Barons de la Finance


De tout temps, les sociétés se sont construites sur un principe très simple: les plus forts exploitent les plus faibles.
Nous avons toujours eu, d'un côté les Nobles, les Marchands, les Généraux, ceux qui possèdent la connaissance et le pouvoir, et de l'autre, les cerfs, les travailleurs, les simples soldats, ceux qui ne savent ni lire, ni écrire.
Le jeu se déroule ainsi: la classe pauvre travaille d'une étoile à l'autre, conserve juste ce qu'il faut du maigre fruit de son labeur pour nourrir ses nombreux enfants, futurs travailleurs. Le reste demeure dans les coffres des puissants, leur permettant ainsi de jouir du meilleur de ce que le monde peut offrir dans l'oisiveté et le confort, sachant que tout cela se transmettra à leur unique héritier.
Puis voilà que trop confiants dans leur bonne étoile, les Barons sont devenus de plus en plus gourmands, affamant toujours plus les populations qui, après des siècles d'oppression, finalement se révoltent. Ce sont les révolutions françaises et américaines, presque simultanées, qui renversent l'ordre établi. Les nobles perdent pied, laissant toute la place aux marchands qui eux, déclencheront presque aussitôt leur propre révolution, industrielle celle-là.

Le Capitalisme

C'est ainsi que depuis environ 150 ans, nous vivons sous le règne des Marchands et des Financiers. Un règne discret, puisque camouflé derrière cet écran de fumée qu'on appelle démocratie qui en théorie, donne le pouvoir au peuple, mais dans la pratique, quand le peuple est composé pour près de la moitié, d'analphabètes fonctionnels, n'est rien d'autre que le pouvoir de la médiocrité. Les politiciens sont esclaves d'une opinion publique que les financiers contrôlent à leur guise avec tous les moyens dont ils disposent, sans parler des contributions politiques.

Dans les années 1930, mis à mal par une dépression économique qui n'en finissait plus, suivi d'une guerre, la plus sanglante de l'histoire, qui a en même temps permis à l'idéologie marxiste de s'établir comme véritable contre-pouvoir, les marchands et financiers ont eu une idée. Ils ont inventé la classe moyenne. En permettant aux travailleurs d'accéder à un niveau de confort qui ne leur a jamais été consenti dans l'histoire, on s'assurait que plus jamais ils ne penseraient à se rebeller contre le pouvoir en place. Le trait de génie de cette approche le voici: On ne donnera pas davantage aux travailleurs, on le prêtera. Ils seront redevables de leur confort à raison de 5% ou 10% par année sur le capital non remboursé.
Le système a très bien fonctionné. Il s'est même raffiné avec le temps, créant des sous-catégories comme la classe moyenne élevée, un quatrième pouvoir, bien encadré par le capital, fonctionnant sous le nom générique de la Presse. Il a même permis la chute du contre-pouvoir. Le communisme est maintenant chose du passé.

Rien n'est à jamais acquis

Pourquoi tout ce retour sur l'histoire ? C'est pour mieux mettre en perspective notre situation présente. Ma génération, celles qui suivent et qui la précèdent, on connu un monde où l'existence et la prospérité de la classe moyenne a toujours été perçue comme un fait acquis. Pourtant, ce phénomène est non seulement récent mais circonstanciel. À la base, la classe moyenne n'est qu'une fabrication des classes dirigeantes qui s'en servent pour assurer la pérennité de leur pouvoir. Ainsi, nous pouvons facilement passer, individuellement ou collectivement, de la classe moyenne à la pauvreté, par une simple hausse subite des taux d'intérêt ou une diminution lente mais constante de notre pouvoir d'achat. Cette seconde occurrence est d'ailleurs bien en marche et depuis quelques décennies déjà. Depuis en fait la naissance de cette doctrine appelée néolibéralisme, où on laisse agir les lois du marché sans que l'État n'intervienne pour assurer une redistribution plus équitable de la richesse. On nous présente d'ailleurs ces lois du marché presque comme des lois naturelles, alors qu'elles ne sont rien d'autre que des règles édictées par les Financiers.
Ainsi, les générations montantes doivent travailler davantage pour obtenir moins que leurs parents. Ces parents qui pour leur part, avaient cru pouvoir prendre leur retraite à 55 ans et qui réalisent qu'ils travailleront sans doute plus longtemps que leurs parents à eux. L'utilisation du crédit a été poussé à une limite telle, pour compenser la perte du pouvoir d'achat, que tout le système a failli s'écrouler en 2008 et demeure fragile encore aujourd'hui. Les marchands et financiers auraient-ils, comme les Nobles d'autrefois, fait une erreur de calcul en devenant trop gourmands ?
À la suite de la dernière crise financière, nombreux sont ceux qui ont décrété la fin du néolibéralisme.

La logique voudrait que lorsque la partie est terminée au jeu de Monopoly et qu'un seul joueur a tout raflé l'argent, on redistribue à chacun un capital de départ et on recommence une nouvelle partie. Or voilà que les Bourses du monde ont remonté dans un temps record et ce, malgré le fait que, aux États-Unis, le crédit demeure peu accessible et le chômage très élevé. On dirait que les financiers continuent de spéculer à la hausse dans une économie toujours en décroissance.
Sans être économiste, mais en gardant à l'esprit que le passé est généralement garant de l'avenir,si ce phénomène se poursuit encore longtemps, ce n'est pas la fin du néolibéralisme qui nous attend, mais bel et bien la fin du Capitalisme... Et à l'échafaud les Barons de Wall street!

- Ben (11 avril 2010)