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Plusieurs commentateurs de la scène économique se prononcent depuis quelques semaines sur l'apport, pour l'économie canadienne, du pétrole albertain. Le principal argument des défenseurs de l'or noir est que grâce à la péréquation, l'Alberta déverse des milliards de pétrodollars dans les coffres des provinces de l'Est, nommément le Québec et l'Ontario.
Ce qu'ils oublient de mentionner, c'est combien nous coûte ce fameux pétrole. Un simple cours d'économie 101 nous permet de comprendre que la valeur du dollar canadien par rapport au dollar américain constitue l'un des facteurs essentiels qui détermine le volume d'exportation des produits québécois vers le Sud. Or, plus l'Alberta produit de pétrole, et plus le prix de ce dernier est élevé, plus le dollar canadien est évalué à la hausse.
Ainsi, au cour des dix dernières années, le Québec a perdu plus du tiers de ses emplois industriels, en grande partie à cause de la force du dollar canadien. Ajoutons à cela les $40 milliards investis par Ottawa (dont les revenus fiscaux proviennent du Québec à hauteur de 20%) dans l'industrie pétrolière durant les dernières décennies, versus les $ 0.00 investis au Québec dans l'hydro-électricité, et nous avons ici largement de quoi compenser les versements de péréquation.
En d'autres termes, si les pétrodollars albertains n'avaient pas ébranlé dans ses fondements notre base industrielle au Québec, et que davantage de nos impôts avaient servi à développer notre économie plutôt que celle de l'Alberta et de Terre-Neuve depuis 40 ans, le Québec n'aurait aucunement besoin des transferts de péréquation.
En réalité, si le Québec semble si peu ressentir les effets de la présente récession qui frappe si durement les États-Unis, c'est qu'il était lui-même en récession (du moins au niveau du marché de l'emploi) depuis bien avant 2009. Depuis, en fait, que le dollar canadien s'est mis à grimper, au début des années 2000, en même temps que le prix du baril de pétrole, l'économie québécoise est en régression lente, mais constante.
Sachant que l'Alberta, au cours des prochaines décennies, produira de plus en plus de pétrole et que la valeur de ce dernier risque d'atteindre des sommets inégalés, on ne peut qu'être très inquiets pour notre avenir.
Si à première vue, on serait porté à déduire qu'un tel contexte devrait favoriser le discours souverainiste, on réalise rapidement que c'est exactement l'inverse qui se produit. Dans la mesure où les partis souverainistes insistent pour qu'un Québec indépendant conserve le dollar canadien, la souveraineté ne nous épargnerait aucun des désavantages liés aux pétrodollars albertains mais nous priverait de la compensation partielle que constitue la péréquation.
Si les souverainistes veulent avoir la moindre chance que leur projet gagne en popularité avant la fin des temps, il leur faudra trouver une solution à ce problème.
- Ben (2 février 2010)
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