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Depuis l'annonce que General Motors s'est placée sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers (périphrase ou euphémisme?) qu'on appelait autrefois la loi sur la faillite, on a pu voir à la télé des publicités fort bien faites où l'on déploie tout le dynamisme et l'optimisme possibles pour nous expliquer comment GM va se 'réinventer' au cours des prochains mois.
La publicité est tellement convaincante qu'elle donne presque envie à quiconque vit des heures difficiles de courir chez un syndic pour avoir l'opportunité de se réinventer. Mais voilà, si vous et moi faisons faillite, les 'arrangements' avec les créanciers sont toujours les mêmes: à la banque la maison, la voiture et tous vos biens saisissables. Le tout assorti d'une portion des vos revenus, quels qu'ils soient, à verser aux créanciers pendant des mois, et une alerte rouge à votre dossier de crédit qui vous empêchera de réinventer quoi que ce soit pour au moins les cinq prochaines années. Ce résultat est à peu près invariable et ce, sans égard au fait que votre situation financière s'est peut-être détériorée sans que ce soit votre faute; la maladie a frappé ou votre conjoint s'est fait la malle ou votre employeur, peut-être GM, a réduit son personnel.
Car ne nous y trompons pas, ce qui se cache derrière ce terme de 'réinvention' et ces beaux projets de fabriquer des voitures plus belles et plus vertes dans les publicités de GM, c'est la dure réalité de milliers d'emplois éliminés, de pensions réduites et de petits investisseurs floués. Pendant ce temps, les responsables de ce gâchis, nommément les membres de la haute direction de GM, ont déjà atterri sur une plage des Caraïbes, avec leur parachute doré, pour quelques mois de repos bien mérités, avant de reprendre du service dans une autre multinationale; chez Power Corporation peut-être, au côté d'Henri-Paul Rousseau.
Depuis la guerre d'indépendance américaine et la révolution française, on croyait avoir éliminé les castes avec les privilèges dont jouissait la noblesse. Bien sûr aujourd'hui, la nouvelle noblesse n'est pas transmise par le sang et est ouverte à tous, pour peu que l'on ait étudié à Harvard ou à Yale, mais elle garde de commun avec ses ancêtres Marquis et Barons, que les lois qui s'appliquent à elle n'ont pas la même portée, ni les mêmes conséquences. D'ailleurs, n'est-ce pas là une des raisons qui permet au système capitalisme de triompher et de se maintenir en place à travers le monde ? Cette possibilité, que l'on refusait aux cerfs et aux roturiers du moyen-âge, de se voir ou de voir ses enfants un jour accéder, aussi infimes en soient les chances, à cette nouvelle caste des financiers et autres PDG. Le système est injuste mais tous, avec beaucoup de chance et de travail, nous pouvons nous retrouver du côté des possédants et des oppresseurs. En attendant ce jour qui peut-être jamais ne viendra, on pourra toujours se consoler au volant de notre nouvelle GM réinventée et achetée à crédit.
- Ben (15 juin 2009)
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