Pas si drôle que ça

LA CITÉ

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Pas si drôle que ça

Difficile de prédire où s'en va la politique canadienne de nos jours. Peu importe les circonstances; que ce soit la crise économique, les scandales petits ou grands, ou toutes les tentatives de l'opposition officielle pour se refaire une image, les sondages nous prédisent les uns après les autres, des Gouvernements minoritaires. Ce que l'on peut cependant facilement expliquer, c'est pourquoi nous en sommes arrivés à ce cul-de-sac politique.

La nuit des longs couteaux

La nuit des longs couteaux tient son origine de la purge effectuée par Hitler au sein du mouvement Nazi en juin 1934, et qui visa à éliminer l'aile plus socialiste du Parti.
C'est également ce terme qui sert à désigner cette nuit de novembre 1981 où les neuf provinces anglophones du Canada se sont entendues secrètement sur une formule d'amendement et une charte des droits permettant ainsi au Gouvernement fédéral de rapatrier la constitution sans l'accord du Québec.
Cette nuit des longs couteaux canadienne coûta la victoire aux Libéraux lors de l'élection suivante. Brian Mulroney et ses Progressistes-Conservateurs tentèrent alors de ramener le Québec comme signataire de la constitution dans le cadre d'une nouvelle entente négociée au Lac Meech. Malgré des demandes historiquement modestes faites par le Québec, cette entente fut rejetée. Idem pour l'entente de Charlottetown qui tentait de rescaper les grandes lignes de Meech.

Le Bloc Québécois

C'est à ce moment que fut fondé le Bloc Québécois. Son impact sur la politique canadienne fut immédiat. Dès la première élection, il forma l'opposition officielle à la chambre des communes. Lucien Bouchard, temporairement devenu séparatiste, occupait le fauteuil du chef de l'opposition officielle de Sa Majestée. Autre effet direct de ces accords échoués: le début de la fin du Parti Progressiste-Conservateur qui permettra aux Libéraux de Jean Chrétien de se maintenir au pouvoir, sans la députation québécoise acquise au Bloc, pendant plus d'une décennie.
Depuis 2004 cependant, suite à la réunification de la droite sous la nouvelle bannière conservatrice, les canadiens n'ont réussi à élire que des Gouvernements minoritaires; d'abord Libéral sous Paul Martin et ensuite Conservateur, sous Stephen Harper. À chaque fois, le Bloc Québécois avec ses 40 à 50 sièges, a détenu la balance du pouvoir, ce qui force les Gouvernements successifs à sans cesse composer avec des souverainistes pour établir un menu législatif.

Les deux solitudes

Dans ce contexte, il est particulièrement remarquable qu'aucun parti fédéral ne se risque à offrir aux Québécois une plate-forme électorale qui inclurait la reconnaissance constitutionnelle d'un statut particulier pour le Québec. La raison est fort simple: pour chaque vote qu'un parti fédéral irait chercher au Québec de cette manière, il en perdrait au moins deux dans le reste du Canada.
Parmi les différents clivages dans l'électorat canadien, clivage gauche-droite, rural-urbain, le clivage des deux solitudes demeure celui qui exerce toujours la plus grande influence sur la politique canadienne.
Voilà ce qu'aura coutée au Canada anglais, la nuit des longs couteaux à l'issue de laquelle, René Lévesque avait prononcé ces paroles prophétiques:

"À la réflexion, certains de mes collègues (Premiers Ministres anglophones) qui se sont amusés comme des petits fous lors de notre dernière rencontre auront peut-être, un jour, à se dire que ce n'était pas si drôle que ça."

- Ben (26 mai 2010)