Le renouveau à Montréal

LA CITÉ

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Le renouveau à Montréal

Pendant toute mon enfance, mon adolescence, et jusqu'à l'âge de 23 ans, je n'ai connu qu'un seul Maire à Montréal. Je parle ici bien entendu de Jean Drapeau. Petit avocat à moustache, quelque part entre Hitler et Napoléon, et qu'on en est venu à trouver sympathique uniquement sous la plume de Girerd, son caricaturiste attitré à La Presse, ou sous les traits de Jean-Guy Moreau, son imitateur officiel. Il s'était fait un nom sur la scène montréalaise en débarrassant la ville de ses nombreux bordels et autres tripots clandestins.

Une fois élu Maire, son côté dictateur et mégalomane lui ont permis de régner sur la ville durant trois décennies. Pendant que Toronto et le reste du Canada s'employaient à ravir à Montréal son titre de métropole du Canada, Drapeau travaillait à lui donner un statut international. Dans la foulée de la révolution tranquille et du réveil des Canadiens français, le Maire Drapeau a fait de Montréal une ville moderne et ouverte sur le monde. Parmi ses réalisations les plus spectaculaires, on compte le tunnel Hippolyte-Lafontaine, les autoroutes Métropolitaine, Ville-Marie et Décarie, le métro, l'expo 67, une concession du baseball majeur, la Place des Arts, le Grand Prix du Canada, et bien sûr, les Jeux Olympiques.

Aujourd'hui, lorsque l'on parle de Jean Drapeau, c'est pour évoquer le fameux déficit olympique qui pourtant est davantage attribuable à la mauvaise gestion du Gouvernement Bourassa de l'époque. Je n'ai d'ailleurs jamais très bien compris pourquoi les Québécois, qui vivent, pour la plupart, au-dessus de leurs moyens, ont tant reprocher à Drapeau son penchant pour la dépense. À supposé qu'il soit vrai que nous avons payé le déficit olympique pendant vingt ans à travers une taxe sur le tabac, et alors?Quelqu'un a-t-il évalué ce que vaut encore aujourd'hui pour Montréal, le fait d'être une ville olympique? A-t-on vu quelque part au monde un stade plus spectaculaire que le nôtre?

Depuis son départ, et mis à part les initiatives privées qui ont donné nombre de festivals renommés, Montréal est en déclin. Suite au traumatisme olympique, nous avons élu Jean Doré pour gérer la décroissance de Montréal pendant quelques mandats. Juste un peu à gauche de Lénine sur le plan idéologique, il était capable d'expliquer n'importe quel problème simple avec des phrases aussi longues qu'ennuyantes et qui comptaient généralement deux ou trois acronymes et au moins une table-de-concertation.

Vint ensuite ce bon vieux Géranium premier. Jardinier de son état, il avait pour tout programme que de rendre la ville plus belle en y plantant des fleurs. Pour ceux qui se demandent comment cet homme, un peu simplet, a réussi à devenir Maire de quoi que ce soit, je vous conseille de regarder le dernier film de Peter Sellers, qui date déjà un peu: Being there. Vous comprendrez tout.

Et puis notre petit dernier, Gérald Tremblay, le très prosaïque Gérald Tremblay. Je l'appelle le Maire gnagna. Restons dans la thématique viticole, celui qui était alors ministre libéral à Québec s'est fait un nom avec ses fameuses 'grappes' industrielles. Si vous ne vous rappelez pas de quoi il s'agit, dites-vous que vous n'êtes pas les seuls. Après ses échecs en politique provinciale, il s'est recyclé en politique montréalaise et s'est fait élire en promettant de morceler la ville en plusieurs mairies d'arrondissements pour la rendre ingouvernable, et il a tenu parole. Comment peut-on rêver d'un grand projet pour Montréal dès lors que son Maire n'arrive pas à gérer l'enlèvement de la neige. Je signale que cela fait des siècles qu'il neige sur Montréal chaque année, à peu près entre décembre et mars. C'est un problème qu'on peut donc anticiper facilement sans crainte de se tromper. Jamais je n'ai entendu le maire Drapeau parler publiquement de l'enlèvement de la neige ou de la gestion des déchets. À son époque, ces questions relevaient des fonctionnaires de la ville, comme il se doit.

Voilà donc un peu plus de vingt ans que Jean Drapeau n'est plus là. Vingt ans pendant lesquels pas un seul projet d'infrastructure public notable ne s'est réalisé. On a réussi a ajouter exactement une station au métro...à Laval. Les Expos sont partis et dernièrement, nous avons perdu le Grand Prix. Je rappelle que le Grand Prix de Montréal était la manifestation sportive la plus écoutée dans le monde après les jeux Olympiques et le Mondial de football. Nous appartenions à un club sélect dont moins de vingt villes dans le monde sont membres et pour quelques millions, nous avons préféré abandonner.

Mais heureusement, le renouveau s'en vient. Louise Arel, ex-ministre péquiste, ex-députée de Hochelaga-Maisonneuve, qui a pris sa retraite de la politique parce qu'elle se sentait parvenue à un âge où il faut se reposer, arrive à la rescousse de Montréal. Le seul dossier majeur qu'elle ait jamais piloté en trente ans de carrière politique a été celui des fusions municipales. Ce dossier a été si bien mené, qu'il a précipité la chute du gouvernement péquiste d'alors et donné lieu à des défusions massives sur l'île de Montréal qui est devenue une parodie de ville.

Je n'ai entendu de son 'programme' aucun projet stimulant, aucune vision. C'est le pendant féminin de Jean Doré qui est de retour. Pourtant, on sent les média très enthousiastes à l'idée de cette lutte à finir pour la Mairie de Montréal. La barre a été placée tellement basse par les Montréalais au cours des dernières années, que personne ne s'inquiète que ne se présente à la Mairie de la métropole du Québec, un Maire sortant complètement aplati devant les problèmes et une retraitée qui, il y a quelques mois seulement, se disait fatiguée de la politique. Bel avenir en perspective.

- Ben (27 juin 2009)