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Dans La République de Platon, le thème de la justice est longuement abordé. La question est complexe; l'idée même de savoir ce qui est préférable pour la Cité, la justice ou l'injustice, pose problème. Socrate évoque le principe selon lequel la justice n'est pas la même pour les dirigeants et pour les autres, le bien collectif devant primer.
Guy Lafleur a été trouvé coupable d'avoir menti pour protéger son fils. Quel genre de justice impose ou même permet à un parent de témoigner sous serment contre ses enfants? Je croyais vivre dans un monde où le premier devoir d'un père est de protéger ses enfants, or je découvre que le père se doit d'être un citoyen avant d'être un parent.
J'ai pourtant toujours pensé que c'est au sein de la cellule familiale que l'on apprend à devenir citoyen et que par conséquent, la famille supplante la société, la nation ou l'état, dans la hiérarchie des allégeances. Les sociétés où ce principe est inversé comptent généralement en leur sein, des polices secrètes ou des enfants soldats.
Mais revenons à Guy Lafleur lui-même. Le Québec est une nation jeune et fragile, dont les héros se comptent sur les doigts de la main. Lafleur fait partie de cette courte liste. Les Québecois ont-ils vraiment les moyens de déboulonner les statues des rares gagnants auxquels ils peuvent s'identifier?
Au nom de quoi au juste s'attaque-t-on à l'idole d'une génération? La justice? Allons donc! Que l'on me dise où est la justice dans le fait de punir un père qui tente de protéger son fils. En fait , on confond ici ordre et justice. Les mots ont une importance. Ce que l'on nomme pompeusement notre système de justice n'est en fait qu'un système d'ordre. Les policiers, les procureurs et les magistrats sont là pour faire régner l'ordre et non la justice.
La justice est une posture morale qui présuppose l'existence et la recherche du bien absolu. L'ordre est un concept de droit où, par un ensemble de lois, on assure le fonctionnement harmonieux d'une société. Harmonie qui d'ailleurs s'accomode très bien des nombreuses injustices dont nous sommes témoins chaque jour.
Pourtant, on entend tous nos commentateurs dire combien ils sont tristes de ce qui arrive à Guy Lafleur tout en affirmant du même souffle que la justice doit s'appliquer pour tous de la même façon. On ne trouve pas l'ombre du début d'une réflexion. Personne pour questionner les motifs de la procureure qui a décidé que la société serait mieux servie si Lafleur était jugé et condamné. Elle prétend vouloir faire de cette cause un exemple et souhaite que l'accusé serve une peine dans la communauté. Je rappellerai simplement que Lafleur était déjà un exemple et qu'il a passé la plus grande partie de sa vie, prisonnier de sa célébrité, à servir sa communauté, comme jamais, Mme la procureure, vous n'arriverez à la servir.
- Ben (2 mai 2009)
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