L'exception montréalaise

LA CITÉ

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

L'Exception montréalaise

Voilà déjà plusieurs mois que, me promenant à travers toutes les grandes villes nord-américaines, je garde cette impression que ma ville, Montréal, est moins affectée par ce que l'on décrit partout comme une quasi dépression économique.

Le chômage a augmenté quelque peu mais demeure dans les limites de ce que le Québec a toujours connu. Personne autour de moi ne semble manquer de travail. Personne n'a diminué significativement son train de vie.

J'avais donc commencé à articuler une hypothèse que je croyais originale, et voilà que Alain Dubuc, sur les ondes de Radio-Canada vient me voler mon scoop: le Québec était déjà en récession bien longtemps avant le reste de l'Amérique, avant même le crash financier sur Wall street.
La descente aux enfers de notre industrie textile, la perte de notre déjà timide industrie automobile, les tarifs sur le bois d'oeuvre et la parité de notre monnaie avec le dollar américain; voilà autant de symptômes d'une récession qui au Québec, a commencé il y a près de deux ans.

Pendant donc que nous avons déjà absorbé la plus grande partie du choc économique, les autres commencent à nous rattraper vers le bas, mais en quelques mois seulement; ils souffrent donc beaucoup plus.

Je vais par contre un peu plus loin qu'Alain Dubuc et je parlerai ici principalement de Montréal, car la moitié du Québec s'y concentre. Le Québec, sans Montréal, c'est le Mali sur l'aide sociale. Par ailleurs, Montréal, qui fut à une certaine époque une grande métropole qui tentait de rivaliser avec les plus grandes villes du monde, est depuis longtemps passée au rang de ville secondaire. Plus de grands développements ou de projets d'envergure, on assiste à une lente dégradation du paysage urbain. Tous les événements qui sont les attributs d'une grande ville nous quittent les uns après les autres, le Grand prix étant le dernier en date, ou ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, comme le festival des films du monde. Même le Cirque du Soleil refuse d'investir à Montréal dans un spectacle permanent.

Pourtant, les étrangers et visiteurs continuent de lui trouver un charme, une personnalité qui la rend attrayante. Comme à toute chose malheur est bon, sa torpeur économique la rend plus abordable aux classes plus pauvres et donc, Montréal attire les artistes et les créateurs. Pendant qu'à Toronto, New York ou Seattle, on travaille comme des forçats dans les tours à bureau pour payer son petit 3 pièces à $1500, à Montréal on peu prendre le temps de vivre un peu et faire la fête.

En fait, avec l'hiver en plus et les ouragans en moins, Montréal est un peu la Nouvelle-Orléans du Nord. Nous avons d'ailleurs un autre point commun avec cette ville; le français. Quand on y pense, c'est peut-être là le véritable avantage concurrentiel de Montréal, car ici, contrairement à notre cousine du Sud, le français n'est pas encore devenu folklorique. Il demeure, mais pour combien de temps, la langue principale d'usage et de travail. Il faut parcourir l'Amérique au raz du sol pour constater à quel point cette anomalie culturelle est improbable dans cet océan anglo-saxon.

Alors qu'on ne me parle plus de la relance économique de Montréal. J'aime bien Don Quichotte, mais les moulins gagnent à chaque fois. Qu'on me parle plutôt de sa relance culturelle. Le reste suivra.






- Ben (13 avril 2009)