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Voici qu'une nouvelle pierre vient s'ajouter à l'édifice de notre peur collective. Une fois la loi adoptée, il sera illégal, au Québec, de prendre le volant après un repas d'amoureux au restaurant où nous nous serions permis l'extravagance de partager un demi litre de vin. Des siècles d'histoire et de culture jetés à la poubelle. Désormais, pour accompagner le magret de canard ou l'assiette de fromages, on devra se contenter du dernier cru d'Evian ou de Perrier.
0,05; il ne s'agît plus ici seulement du taux d'alcool permis, mais bien de notre nouveau seuil de tolérance au risque. On a vu tout un ensemble de règles s'installer dans nos vies depuis plusieurs années, destinées à réduire, sinon éliminer, les risques pour notre bien-être individuel et collectif. Évidemment, la voiture a été la première ciblée par les apôtres de ce désormais sacré, principe de précaution. Ceinture obligatoire, sacs gonflables frontaux puis latéraux, interdictions de toutes sortes: manger, parler au téléphone, et bientôt fumer. Je n'aborde même pas ici tout le cérémonial qui entoure l'installation de bébé sur son siège approuvé par 12 agences gouvernementales.
Cela dit, je ne conteste nullement le fait que les accidents mortels sur les routes ont diminué de façon significative depuis quelques décennies. Pas plus que je ne conteste le fait que le port du casque à vélo peut sauver nombres d'enfants de blessures graves et parfois mortelles. J'aimerais cependant être capable de comptabiliser le coût de toutes ces mesures, non pas en argent, mais en perte de jouissance, de courage, d'audace. Symptôme ou cause, l'acharnement que nous mettons collectivement à éliminer le facteur risque de notre vie quotidienne, s'accompagne d'une peur latente, presque subliminale, de la mort...ou de la vie.
On trouve tellement d'exemples dans nos sociétés modernes de choix que nous faisons basés sur la peur. Même nos politiciens sont élus en fonction de leur manque d'audace. Et voilà que la dernière crise financière apporte de l'eau au moulin de ceux qui prétendent que le système s'est presque écroulé à cause des risques pris par des investisseurs trop ambitieux sur Wall Street. Ce que l'on oublie de considérer, c'est cette peur que nous avons tous de manquer d'argent pour nos vieux jours, et cette course effrénée au rendement de nos fonds de pension.
La santé
Les tribus primitives avaient leur grand sorcier, craint de tous, même du grand chef. Aujourd'hui, ce sont les médecins qui jouent ce rôle. Ils gèrent la moitié du budget de l'état, bientôt les trois quarts. Chaque jour ils trouvent une nouvelle raison d'avoir peur. Peur de la viande, du sucre, de la fumée secondaire. Plus personne autour de moi ne peut débuter sa journée sans prendre trois ou quatre pilules différentes. Les grands sorciers génèrent la peur pour ensuite prétendre la soigner.
Le dernier exemple, la dernière trouvaille, porte un nom de code: H1N1. Autrefois, il ne s'agissait que d'une grippe. Maintenant, nous mobilisons toutes les ressources médicales, médiatiques, gouvernementales, avec en apothéose, un grand happening de plusieurs jours au stade Olympique, où le peuple, pétrifié, attend sagement en ligne, pour recevoir la magie protectrice du grand sorcier.
Le terrorisme
Les peuples opprimés de ce monde ont trouvé, depuis le 11 septembre 2001, le talon d'Achille de notre grand empire occidental: la peur, ou encore mieux, la terreur. Il doit être assez difficile de croire pour des gens qui ne savent jamais d'un jour à l'autre si ils trouveront de quoi manger ou si leur enfant survivra à sa première année, qu'un simple attentat manqué, dans un avion parmi les millions qui sillonnent le ciel chaque année, suffira à installer un vent de panique sur toute la planète et forcera ces bons petits bourgeois occidentaux à littéralement se dévêtir avant de monter en avion.
Mais les peuples opprimés commencent à comprendre. Il y a un prix à payer pour être à la fois riche, libre et vivant: la terreur. Et si, devant l'adversité, on doit en sacrifier un des trois, c'est sans hésitation la liberté qui en fait les frais.
Curieux, moi qui croyait que la vie et le confort n'avaient de valeur que grâce à la liberté. Mais il faut du courage pour être libre.
- Ben (23 janvier 2010)
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