Google vous regarde

L'ANARCHIE

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Google vous regarde

Le nouveau Big Brother

La commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Jennifer Stoddart, mène une lutte aux gens de Google depuis quelque temps, pour forcer ces derniers à mieux protéger la confidentialité des informations qu'ils détiennent sur les internautes. Au-delà des considérations juridiques sur la nature confidentielle ou non de ces informations ou sur ce qui fait véritablement partie de la vie privée, on devrait peut-être s'interroger sur ce que Google fait concrètement avec ces informations. Pour l'instant, tout ça ne semble aller guère plus loin que de colliger des statistiques sur le taux de fréquentation des divers sites web afin de permettre aux annonceurs de cibler leur publicité.
On peut imaginer qu'un jour (peut-être est-ce déjà le cas), Google pourra vendre des listes d'adresses IP regroupées selon divers profils de consommateurs potentiels pour permettre aux annonceurs de non seulement cibler les sites web les plus fréquentés, mais les internautes eux-mêmes, en fonction de leurs intérêts et de leurs habitudes.
On ne parle donc pas ici d'une organisation gouvernementale ou d'une agence de renseignements cherchant à suivre les citoyens à la trace pour mieux les contrôler. Il s'agît uniquement d'une organisation commerciale qui cherche à faire de plus en plus efficacement ce que toute entreprise fait depuis que le monde existe: vendre son produit au plus grand nombre de consommateurs possible.
En fait, je trouve la chose plutôt positive. Moi qui toute ma vie a été forcé de supporter des publicités à la télé, la radio, dans les journaux, sans que jamais elles n'aient une quelconque influence sur mes habitudes de non-consommation, voilà que je peux espérer qu'un jour, les publicitaires me laisseront enfin tranquille en ciblant leurs campagnes vers des clientèles plus réceptives.
Et puis surtout, que représentent quelques spam non sollicités ou des pop-up occasionnels en regard de la formidable révolution sociale que Google et ses "congénères" ont déclenchée. Car ne nous y trompons pas; avec les Google, Facebook, You Tube et twitter de ce monde virtuel, ce qui est vraiment menacé n'est pas la vie privée, mais plutôt le quatrième pouvoir, le plus pernicieux et le plus puissant d'entre tous: le pouvoir médiatique.

Une révolution médiatique

On dit du web qu'il remet en question tout le modèle économique, particulièrement en ce qui concerne l'information et les produits culturels. C'est sans doute exact, mais les raisons invoquées ne sont pas nécessairement les bonnes. Si les journaux ne trouvent plus preneur pour leur produit autrement que gratuitement sur le web, c'est que le produit est de faible qualité et facilement imitable. Les entreprises de presse sont maintenant en compétition avec quiconque possède des informations ou une simple opinion qui se publient sur le web en quelques minutes et sont disponibles gratuitement partout au monde. Pour être lu, vu ou écouté, il faut maintenant une valeur ajoutée; un véritable talent de communicateur, un point de vue nouveau, des informations privilégiées, ou quoi d'autre encore. Je suis persuadé que même dans les grands journaux qui sont publiés sur le web, seules les pages des chroniqueurs vedettes sont véritablement consultées.
Au Québec, le meilleur exemple de ce phénomène est presqu'un contre-exemple. Le Journal de Montréal, en grève depuis un an, se vend toujours aussi bien, sans ses journalistes, ses principaux chroniqueurs et malgré le fait que la majorité de ses informations proviennent des agences de presse. Ce que les millions de lecteurs continuent d'acheter, c'est le support; un tabloïd qui se lit facilement dans le métro ou sur le coin d'un comptoir de snack bar.

Une lutte des classes virtuelle

On assiste donc, sur le web, à un bras de fer virtuel entre la toute puissante classe journalistique et le commun des mortels. Plusieurs journalistes, forcés de devenir blogueurs ou twitteurs parmi la plèbe, se plaignent d'être amalgamés à autant de médiocrité et ne semblent pas réaliser qu'ils ne sont souvent que borgnes dans un monde d'aveugles.
Mais nous ne sommes pas tous aveugles et les exemples se multiplient où les journalistes accrédités bouchent volontairement leur oeil de borgne pour éviter de donner écho à un scoop comme celui de wikileaks sur les règles d'engagement en Irak. Suis-je le seul à avoir remarqué que la grogne populaire et les manifestations organisées via Facebook après le dépôt du dernier budget québécois ont été traités comme de simples faits divers par les média et sans que jamais on ne débatte du fond de la question? D'ailleurs, sur ce dernier point, deux classes sociales sont en cause; les journalistes qui veulent protéger leur terrain de jeu historique contre l'influence grandissante des média sociaux, et les grands propriétaires d'empires médiatiques, satisfaits par ce grand virage à droite concerté.
Mais plus grave encore, pendant que les journalistes nous assomment avec ces petits scandales de coulisses politiques sans grand intérêt, on ne parle jamais des grands scandales, ceux qui font reculer la société sur tous les fronts; un système d'éducation qui forme des décrocheurs ou des analphabètes diplômés, un système de santé qui nous trouve des maladies chroniques collectives pour le plus grand bonheur des pharmaceutiques (faisons le compte des diagnostics de diabète, hypertension, collesterol, déficit d'attention, etc.). Nous devenons de plus en plus malades et ignorants mais notre espérance de vie augmente ??? Autre exemple, le Québec s'anglicise de plus en plus mais toute notre attention médiatique sur la question identitaire se concentre sur les 12 québécoise qui portent la burka.


Google nous regarde, sans doute. Mais c'est aussi lui, avec d'autres, qui nous permet de regarder, directement et sans intermédiaire, notre monde et ceux qui pour l'instant le dirige.

- Ben (1er mai 2010)