Charité bien ordonnée

L'ANARCHIE

ENTRE L'IGNORANCE ET LA CONNAISSANCE, IL Y A L'OPINION

Charité bien ordonnée


Je donne une partie de mon salaire à mes voisins d'en face qui vivent de l'aide sociale. Je ne le fais pas par charité, mais pour éviter qu'ils viennent voler chez moi. Je ne leur donne pas l'argent directement, mais par l'intermédiaire des gouvernements à qui je paye des impôts. De cette façon, mes voisins ne se sentiront pas obligés de me remercier et moi de les écouter.

Au fait, que manque-t-il à mon geste pour que l'on puisse parler de charité ? Est-ce le contact de main à main ? N'est-ce pas plutôt le désir de faire ce qui est bien ? Ou alors, peut-être manque-t-il une certaine gratuité d'intention; il ne peut s'agir de vrai charité si j'y trouve mon profit ?
Non, en fait ce qu'il manque, c'est l'empathie. C'est le premier moteur de la charité. Je suis totalement indifférent au sort de mes voisins. J'ignore qui ils sont et je ne veux pas savoir comment ils se sentent.

C'est d'ailleurs toujours le problème lorsque les gouvernements cherchent à justifier des augmentations de dépenses pour l'aide aux démunis ou aux pays sous-développés, ou pire encore, lorsqu'ils veulent augmenter les impôts. Les politiciens font appel à notre empathie pour des inconnus, plutôt qu'à notre désir de profiter de notre richesse relative sans être trop importunés par les moins nantis. Les États n'ont pas de sentiments, ils ont des intérêts; et l'État c'est nous.




Sur le plan plus individuel, on voit partout des vedettes nous solliciter à s'engager avec elles dans des causes humanitaires. Tient, Mia Farrow par exemple, qui était récemment à Montréal pour je ne sais quelle cause qui vient en aide aux plus pauvres. Quel genre d'empathie éprouve-t-elle pour ces pauvres gens alors qu'elle arrive à Montréal en jet privé, qu'elle séjourne à l'hôtel St-James en dînant au foie gras et champagne ?

Certains diront que Mia Farrow pourrait tout aussi bien manger du foie gras sans donner de son temps pour la faim dans le monde. Sans doute, mais pour ce faire, il lui faudrait avouer que son petit confort personnel passe avant la survie des enfants africains. Mia Farrow est une bonne personne; elle serait incapable de se regarder dans un miroir devant autant de cruauté. La culpabilité; voilà le second moteur de la charité, et avec elle, la mauvaise foi qui n'est jamais très loin.

En conclusion, la proportion de mes revenus (et donc de mon temps) que je consacre cyniquement et égoïstement à aider les plus démunis de la planète est de loin supérieure à Miss Farrow qui est pourtant, infiniment plus sympathique que moi. Et ça ne me donne même pas bonne conscience. La vie est injuste et j'aime parfois en profiter.





- Ben (27 avril 2009)