Vieux comme le monde

Il y a près de 40 ans, Yvon Deschamps écrivait un monologue intitulé Cable TV dans lequel il décrivait déjà certains phénomènes que l’on croit trop souvent associés à l’âge de l’internet. Parmi eux, l’information spectacle qu’il constatait déjà, 10 ans avant l’apparition de la première chaîne d’information continue. Mais plus intéressant encore, son personnage légendaire, venant de s’abonner au câble et passant ainsi des 4 chaînes habituelles à 13 chaînes, se retrouve coupé du monde, trop absorbé par la grande quantité de programmes offerts, et incapable de focaliser son attention sur un seul, de peur de manquer quelque chose de meilleur ailleurs.
Ainsi, cette crainte que plusieurs partagent de voir nos vies assiégées par le trop plein de connexions avec le monde ne serait pas nouvelle. Pas plus que ne l’est cette appréhension face à la trop grande diversité et accessibilité de l’offre, et qui menace notre faculté de concentration et notre façon même de penser.
Il est certain que le fait que de plus en plus de gens soient constamment en ligne a et aura un impact sur notre monde qui vraisemblablement, dépassera, et de loin, celui qu’a eu la télévision pendant la seconde moitié du siècle dernier. Bien malin par contre, celui qui pourra prédire la nature exacte de cet impact.
La première révolution
Avant même d’espérer comprendre ce qui nous arrive pour mieux anticiper l’avenir, il m’apparait indispensable de regarder en arrière; et je ne parle pas ici des débuts d’Yvon Deschamps ni même de ceux de la télévision; je crois qu’il faut retourner au presque début du monde des communications, et donc à l’invention...du langage.
L’idée est fort simple, mais il fallait y penser. Il s’agît de décomposer le réel en milliers de réalités, concrètes et conceptuelles, et de donner des codes linguistiques à ces réalités. Comment savoir l’effet qu’a pu avoir sur les humains de l’époque, l’invention du langage parlé. Difficile, sinon impossible d’évaluer à quelle vitesse cette technologie s’est développée.
On peut cependant imaginer que les rapports personnels et sociaux ont été dramatiquement modifiés par l’apparition du langage qui les a rendus de plus en plus complexes en introduisant des nuances que seul le langage peut exprimer.
On peut même arguer que le langage parlé a non seulement permis de communiquer des idées, mais il a surtout contribué à forger de nouvelles idées qui n’auraient pu émerger sans lui.
L'écriture
C’est dans la Grèce Antique qu’apparut, en Occident, la seconde grande invention technologique dans le monde des communications: l’écriture. Dans la tradition strictement orale qui l’a précédée, il était inimaginable de conserver des traces de la parole, de lui permettre de voyager, d’être étudiée et même débattue. C’est d’ailleurs là l’originalité des premiers écrits: ils ne remplacent pas la parole, ils la traduisent simplement en langage écrit pour mieux la conserver. L’idée ne passe pas directement de la tête à la page, elle continue de transiter par la parole. Platon écrit des dialogues qu'il a eus avec Socrate. On peut imaginer que l’Odyssée d’Homère a d’abord été racontée avant d’être écrite.
De même, l’écrit est fait pour être lu à haute voix. Il ne viendrait à l’idée de personne, à cette époque et pendant des siècles, de lire dans sa tête. Sans doute le cerveau était-il trop habitué de réfléchir à voix haute. Il aura fallu des siècles pour rompre avec ce comportement et pour que l’écriture devienne un système de communication à part entière.
On peut penser que là encore, ce nouveau support ne s’est pas contenté de transmettre des idées, mais a aussi contribué à en créer de nouvelles, grâce aux analyses plus structurées qu’exige l’écriture.
On en a vu d'autres
Tout au cours de son histoire, l’humanité a vécu plusieurs de ces révolutions technologiques qui ont, à différents niveaux, modifier à la fois notre façon de penser et notre façon d’interagir avec nos contemporains. À chaque fois, les mêmes questions pouvaient être posées: cette nouvelle technologie remplacera-t-elle l’ancienne? Vient-elle déshumaniser davantage notre monde ? Sommes-nous devenus esclaves de la technologie et y perd-on davantage qu’on y gagne ?
Même avec parfois des siècles de recul, on arrive à répondre à seulement quelques-unes de ces questions. Par exemple, on sait que si l’imprimerie a relégué le manuscrit au rang d’artisanat, et que le téléphone a marqué la mort du télégraphe, la télévision quant à elle n’a pas mis fin ni à la radio, ni au cinéma.
On sait aussi que sans le langage, l’homme ne serait sans doute jamais sorti de sa caverne. Sans l’écriture, il n’y aurait pas eu de civilisation. Sans l’imprimerie, nous serions restés au Moyen-Âge et n’aurions pas connu le siècle des lumières.
Il est encore trop tôt, selon moi, pour connaître le véritable impact de la télévision sur nos sociétés, et à plus forte raison l’internet. On devrait réfléchir avant d’affirmer que la société moderne, avec son internet haute vitesse, ses iphones et autres outils branchés, nous mène tout droit vers un monde où les gens seront incapables de socialiser autrement que par le web et où le déficit d’attention viendra altérer le fonctionnement de nos cerveaux. Ces peurs sont vieilles comme le monde. L’histoire nous a démontré une formidable capacité d’adaptation au changement chez l’être humain.
Le vuvuzela virtuel
Plus que les nouvelles technologies en soi, c’est la vitesse à laquelle elles se développent et se déploient qui est préoccupante. Les humains ont eu des siècles pour apprivoiser le langage parler, puis écrit. Idem pour l’imprimerie. Déjà l’apparition du télégraphe puis de la radio et du téléphone, se sont succéder à un rythme jamais vu dans l’histoire. La télévision n’aura eu besoin que d’une génération pour s’implanter dans tous les foyers occidentaux et devenir l’outil d’information et de divertissement principal. Et voilà qu’après à peine un demi-siècle d’adaptation à cette révolution médiatique, apparaissent en rafale, sur moins de 10 ans: l’ordinateur domestique, le téléphone cellulaire, l’ordinateur portable, l’internet. La cadence est infernale et ne cesse de s’accélérer. Des centaines de millions de gens restent branchés sur les média sociaux en permanence. Tout le monde veut participer à l’expérience. Tout le monde parle semble-t-il en même temps et on se demande si quelqu’un écoute vraiment. Nous sommes dans la version virtuelle du vuvuzela; un espèce de bruit de fond numérique étourdissant qui exaspère les uns et enchante les autres.
Les optimistes voient dans ce feu roulant, une prise de pouvoir enfin réelle de l’homme de la rue, du citoyen et du consommateur. C’est le début d’un monde nouveau, sans frontières, que chacun peut contribuer à construire.
Les cyniques quant à eux trouvent plutôt que la multiplication des canaux de communication ne font que mettre davantage en évidence le vide de nos pensées et de nos valeurs. Comme on ne fait pas pousser les fleurs en tirant dessus, ce n’est pas parce qu’on nous donne la parole qu’on a soudainement quelque chose de pertinent à dire.
Chose certaine, jamais l’humanité n’a été confrontée à autant de changements en si peu de temps et le spectacle est fascinant, plein de suspense et de rebondissements. C'est comme si, dans l'espace d'une vie, on avait la possibilité de vivre l'équivalent de trois mille ans d'histoire en accéléré.
Est-ce que nous sommes en train de foncer à toute vitesse dans un mur ? Peut-être, mais la seule façon de voir venir les choses avec un peu d'avance, c'est de se ménager des pauses pour regarder derrière et comprendre comment le monde s'est si souvent réinventé.
- Ben (15 juillet 2010)
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L'ipad et le web 3.0
Lorsque les premiers ipods ont fait leur apparition, ils venaient remplacer le fameux Walkman qui avait fait la fortune de Sony. Avec leur valeur ajoutée, le ipod et tous ses imitateurs sont rapidement devenus la nouvelle façon de consommer du contenu audio.
Le iphone quant à lui, est venu remplacer le bon vieux téléphone cellulaire en y ajoutant à la fois l’accès au web et à des centaines de milliers d’applications ainsi que toutes les fonctionnalités du ipod; succès instantané.
Mais à quoi sert le ipad ? Que remplace-t-il et quelle est sa valeur ajoutée ? Questions pour l’instant sans réponses. Ce qui n’a pas empêché 3 millions de personnes d’en faire l’acquisition jusqu’à maintenant. Et voilà que Microsoft et ses partenaires décide de se lancer dans l’aventure et de développer son propre ipad. Est-il possible que Microsoft, qui fait son pain et son beurre avec son système d’exploitation et sa suite bureautique, entrevoie le ipad comme l’outil qui nous mènera vers le web 3.0. Le web des apps (applications pour iphones et ipads) et le cloud computing menacent de plus en plus de prendre la place de l’open web et des ordinateurs chargés de logiciels qui grugent toutes les ressources de l’appareil. Avez-vous jeté un coup d’oeil à Google Docs récemment ? Entre les applications de Apple et le cloud de Google, qui a besoin de Microsoft ?
P.S. Je vous conseille de lire l'excellent article paru dans le NY times qui compare l’open web traditionnel à un centre-ville urbain, sale, dangereux mais plein de vie, avec le web des apps qui ressemblerait plus à la banlieue tranquille et bien propre. On assiste présentement à un exode vers la banlieue qui devrait faire réfléchir.
-Ben (13 juillet 2010)
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